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La légende de Kamara I: Le secret de la Tablette

 
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Selena Rogue
Eléve de Serpentard

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MessagePosté le: Ven 4 Juil - 11:46 (2008)    Sujet du message: La légende de Kamara I: Le secret de la Tablette Répondre en citant

Prologue          
Le monde n’est plus ce qu’il était. Et il ne sera jamais plus le même. L’erreur de ce roi puissant est devenu espoir pour les personnes qui espèrent revoir un jour leur terre sans guerre, et terreur pour ceux qui veulent le pouvoir. Tandis que certains boivent des bières dans leur taverne préférée et que les autres cherchent un moyen d’aider leur Maître à éliminer la menace, deux jeunes gens, un homme et une petite fille, se préparent. Mais l’histoire ne commence pas là. Revenons au point de départ. Tout commença lorsque six rois furent nommés. A chacun fut attribué un territoire. Ainsi naquit bientôt les royaumes de Tiberias, Badoris, Mirold, Morgan, Varturol et Torkar. Chacun avaient leurs qualités et leurs défauts, et ils faisaient part aux peuples voisins de tous ce qu’ils pouvaient apporter, nourriture, vêtements, objets de valeurs et autres.  Tiberias était réputé pour les minerais, les pierres précieuses et les bijoux qu’ils fabriquaient grâce à eux. Les femmes de ce territoire se promenaient avec des chaînes au cou, des bracelets aux bras, des bagues à chaques doigts et de magnifiques boucles d’oreilles qui variaient de style en fonction des goûts de son propriétaire.  Badoris fournissait le métal, en particulier les épées, les sabres, les poignards et tout autres lames, les casques et les armures, et bien entendu, les boucliers. On ne voyait jamais là-bas une seule personne sans arme, qu’elle soit homme, femme, ou même enfant, et tous étaient des guerriers redoutables. Mirold était connu pour ses tissus de valeur, beaux avec leurs couleurs vives et variées, et particulièrement résistants. Si ses habitants vendaient beaucoup de vêtements élégants, ils gardaient cependant de nombreux secrets.  Seuls ceux qui s’étaient rendus dans ce royaume pouvait en effet constater que les habits qu’ils portaient valaient mille fois ce qu’ils emmenaient en terre étrangère.   
La nourriture était assurée par le Royaume de Morgan. C’était sans aucun doute le territoire le plus fertile, celui ou toute nourriture, toute plante, poussaient. La survie entière du monde dépendait de Morgan.   
La Magie était le domaine de Varturol. Pas un seul de ses membres n’ignoraient comment forcer une maison à se nettoyer toute seule, comment préparer à manger sans utiliser ses mains, ou comment se déplacer sans aucun moyen de transport. Varturol était très utile pour les autres royaumes, car il leur offrait des objets magiques leur permettant de se défendre.   
Torkar aussi était spécialiste de la Magie, mais il n’affectait pas le même domaine. Personne ne sut jamais quel était cette Magie, en dehors de ceux qui y avaient mis les pieds, mais aucun de ceux là ne revint un jour. Torkar était le seul royaume à ne pas marchander avec les autres.    
Pour des raisons de survie, aucun royaume n’en attaquait un autre, mais de toute façon, ce n’était pas les combats qu’il leur manquait. Tous avaient des    
ennemis à la fois communs et non-communs: des peuples libres qui n’étaient à leurs yeux que des Sauvages. Pour dire la vérité, les peuples libres ne leur causaient aucun problème. Ils menaient une vie tranquille, ne cherchaient de mal à personne et ne combattaient que pour se défendre. Le seul tort qu’ils avaient était d’être plus civilisés que les royaumes, incitant ces derniers à les conquérir pour s’attribuer leurs biens. Ils combattirent tellement qu’au bout de plusieurs dizaines d’années, chacun avaient de quoi survivre sans les autres royaumes. Tous avaient des Magiciens dans leur camp, des personnes capables de leur fabriquer des vêtements, de leur cultiver de la nourriture, de créer des pierres précieuses, des armes et tout ce qui leur était nécessaire. Une guerre entre les six territoires explosa, et bientôt, il n’exista plus que deux territoires: Morgan et Torkar. Aveuglés par le pouvoir, ils continuèrent leur guerre, dévastant tout sur leur passage. Cependant, les peuples libres s’étaient assemblés pour créer la Société de la Puissance des Flammes, Maître du feu, la Légion des Plantes, expert en médecine elfique et regroupant d’ailleurs des Magiciens surnommés « Elfes des Bois », et les Druides, dotés du secret des potions. La Légion Noire arriva à son tour, mais ce ne fut pas les peuples libres qui la créèrent. Nombreux sont ce qui pensent aujourd’hui qu’ils s’agissait de Torkar, mais aucune preuve n’a jamais été trouvée. Le Roi de Morgan, quant à lui, agacé par cette résistance de Magie, se tenta dans une branche de cette dernière, une branche susceptible de vaincre ses ennemis. Il n’y en avait qu’une: la Magie Noire. Après une brève hésitation, il invoqua un démon. Sa plus grande erreur fut de faire sortir du Néant non pas un démon faible, mais au contraire le plus fort, le Démon des Ténèbres. Ce dernier l’aida pendant des années à conquérir toujours plus, jusqu’à ce qu’un jour, il eut assez de forces pour se libérer des griffes de    
son maître et continuer cette guerre tout seul, faisant plus de ravages que jamais. Avant son départ, il détruisit le Royaume de Morgan et blessa mortellement son Roi.   
  
  
Chapitre 1 :           
Vengeance et dernière volontée       
 
Le château et toutes les maisons du royaume étaient en ruine. Le roi de Morgan gisait sur le sol, bougeant faiblement, la respiration saccadée. Le lieu était désert. Tout le monde était allé se mettre à l’abri, bien que le roi doutât que ne serait-ce que la moitié d’entre eux eussent survécu à l’éboulement. Mais tous les survivants étaient-ils vraiment cachés ? De faibles gémissements de petite fille se faisaient en effet entendre, et le roi tendit l’oreille tant bien que mal pour savoir quelle était la personne présente. Les gémissements se firent de plus en plus proches… enfin, une jeune fille âgée d’une dizaine d’années s’approcha, regardant derrière elle d’un air affolé. Elle se retourna, apercevant le roi, et elle s’avança vers lui, méfiante. Au début, elle ne reconnut pas son père, tellement le sang dissimulait son visage. Puis, l’ayant identifié, l’enfant s’écria : - Père ! Mon père, que vous est-il arrivé ? Comment se fait-il que vous ayez de telles blessures ? Cette dernière observait avec anxiété les profondes plaies causées par le Démon des Ténèbres, une expression d’intense terreur sur le visage. - Ma fille, répondit le roi d’un ton saccadé, j’ai une requête à te faire. Il avait parlé d’une voix faible et éteinte, ce qui eut pour résultat d’horrifier plus qu’elle ne l’était déjà la jeune fille. Mais elle écouta attentivement, essayant de toutes ses forces de faire taire le cri de désespoir qui continuait de croître en elle. - Pars… pars dans le plus puissant des villages encore libres…Vas-y avec ton frère…il te guidera. Allez-y tous les deux, partez… et ne revenez plus jamais ici…Arrivés là-bas, je ne vous demande qu’une seule chose : vengez- moi…défendez leur peuple. - Mais, l’interrompit la fillette, pourquoi ne faut-il plus revenir ? Et de qui faut-il vous venger ?   
Son père ferma les yeux en gémissant, luttant contre la douleur qui le rongeait. Enfin, les paupières toujours closes, il répondit :   
- Je ne peux répondre à ces questions. Un jour, peut-être, tu comprendras… j’espère simplement que tu ne m’en voudras pas… A présent, retrouve ton frère et partez… Dis lui de t’enseigner l’art des armes, de la chasse et de la chevalerie, qu’il fasse de toi une excellente guerrière redoutée de tout le pays.   
- D’accord, dit l’enfant.   
Puis, après avoir jeté un dernier regard d’excuse mêlé de larmes à son père, elle s’en alla, tandis que le roi, expirant une dernière fois, rendait l’âme.   
La jeune fille se mit à courir, appelant son frère à travers les maisons dévastées. Elle s’en voulait d’avoir laissé son père tout seul, blessé, sans même penser à le soigner ; elle s’en voulait de ne jamais s’être intéressée à la médecine ; et plus que tout, elle s’en voulait d’avoir accepté cette mission, aussi étrange soit-elle. Mais malgré ses regrets, l’enfant continua à chercher son frère aîné, qu’elle finit par trouver à l’entrée du village. Il avait au moins dix ans de plus que sa sœur, ce qui semblait expliquer pourquoi le roi lui avait accordé une telle confiance. La jeune fille rejoignit son frère en toute hâte et lui répéta la requête de son père, ainsi que ce qu’il leur avait demandé d’accomplir. Aussitôt, l’homme revint au village, sella deux chevaux (sa sœur savait chevaucher) qu’il chargea de vivres. Cinq minutes plus tard, ils avaient quitté la ville, s’engageant dans la Forêt Profonde qui entourait le royaume de Morgan. Cette forêt était connue pour les créatures qui y vivaient, notamment des ours pesant plus de trois tonnes. Malgrè cela, elle possédait également une quantité raisonnable de gibier. Sur les talons de son frère, la fillette s’y engagea, non sans appréhension à la pensée des périples qui l’attendaient. Elle avait toujours rêvé d’aventure, mais elle ne l’avait jamais vu sous cet angle. Seulement, elle avait promis à son père d’accomplir cette mission, et puis il y avait son frère qu’elle n’aurait jamais lâché, qu’elle n’aurait jamais contredit, qu’elle n’aurait jamais…   
- Tu viens ?    
La jeune fille sursauta. Elle ne s’était pas aperçue qu’elle s’était arrêtée. Elle se dépêcha de rejoindre son frère. Durant tout le jour, ils progressèrent dans la forêt, avec pour seuls arrêts des pauses de dix minutes pendant lesquelles ils reprenaient leurs forces grâce à leurs provisions et aux animaux qu’ils avaient chassés.    
Il leur fallut trois jours pour traverser la forêt, trois jours pendant lesquels le frère enseigna à la sœur l’art de la chasse, lui apprit à suivre la piste d’un gibier, puis le soir, lorsque le soleil se couchait, le maniement des armes.   
L’orée de la forêt était constituée d’une herbe rase jaunie. Les animaux   
n’y étaient guère nombreux et très peu d’humains s’aventuraient sur ces sentiers.   
Les deux enfants du roi continuèrent néanmoins leur chemin, décidés à parvenir à leur but.    
Ils n’atteignirent le Brosque qu’en fin de matinée, où ils firent une pause, profitant de l’eau. Le frère fit même une séance de maniement des armes à sa sœur avant de reprendre leur route.   
Traverser la rivière se révéla difficile. Tumultueux, le Brosque était pourvu d’une force capable d’emporter un chevalier pesant cent cinquante kilos. Par chance, les chevaux se montrèrent résistants, et avec des encouragements de leurs maîtres, les montures atteignirent finalement l’autre rive… au bout de deux heures !   
Les voyageurs se chargèrent d’eau, conscients qu’ils n’auraient pas la chance d’en voir tous les cent mètres, car ils arrivaient dans le Désert des Profondeurs.    
La fillette ne comprit pourquoi son frère avait insisté pour ne pas entamé leurs provisions et ne manger que les animaux qu’ils chassaient que lorsqu’ils   
eurent chevauché pendant une journée entière. Le gibier était introuvable, comme dans tous les déserts. Il n’y avait que du sable et des dunes à perte de vue. Bientôt, la chaleur lui parut écrasante tandis que sa soif ne cessait de croître. Elle n’avait plus qu’une envie : quitter ce maudit désert !   
La traversée du désert leur prit deux semaines, deux semaines pendant lesquelles la jeune fille dut subir en plus de la chaleur et de la soif les entrainements intensifs du frère durant lesquelles elle apprenait à se servir des épées, des sabres, des poignards et qu’elle s’entrainait à esquiver toutes sortes d’attaques par des sauts et des cabrioles. Ils aperçurent au loin, au bout d’un temps qui parut une éternité, une forêt, et la fillette poussa un cri de joie.   
- Du calme, ma sœur, dit le frère. Ne te réjouis pas trop vite, nous allons devoir nous montrer discrets.   
- Pourquoi ? interrogea la fillette. Qu’avons-nous à craindre ?   
- Rien, seulement je doute que nous soyons les bienvenus.   
Ils atteignaient la lisière de la forêt lorsque la jeune fille demanda :   
- De quelle forêt s’agit-il ?   
- De la Forêt Ténébreuse, répondit le frère.   
- Quoi ? Mais je pensais que notre village était près de la Forêt des Murmures !   
- Mais il l’est. Seulement, il y a des montagnes à passer, expliqua-t-il, et avec les chevaux, nous n’aurions pas pu. Alors on fait un détour par ici, puisque la chaîne des Mystères meurt avant la plage occupée par le Peuple de la Mer. Nous passerons par cette embouchure puis on traversera le Ragérant avant d’atteindre Berkings.   
La fillette émit un sifflement.   
- Jolie ballade. J’espère au moins que le Ragérant sera plus simple à traverser que le Brosque !   
- Ne t’en fais pas, la rassura le garçon. Il sera bien plus calme.   
Tous deux continuèrent leur route en silence, s’enfonçant dans l’obscurité des arbres. Ils avancèrent encore pendant une demi-heure avant de découvrir Moraclor, un village appartenant au royaume de Torkar. La fillette était sur le point de s’engager vers l’entrée quand elle sentit la main de son frère qui la tirait en arrière.   
- Qu’y a-t-il ? lança-t-elle, étonnée. On n’y va pas ?   
- Si, on va y aller, mais attends, écoute d’abord ce que j’ai à te dire.   
La sœur se plaça face à lui, toute son attention centrée sur les paroles qui allaient jaillir de sa bouche. Enfin, son frère se lança :   
- Comme je te l’ai dit tout à l’heure, nous ne sommes pas les bienvenus, ce qui signifie que je ne veux pas t’entendre dire que tu souhaite rester visiter la ville, car l’on partira très vite. Nous ne ferons qu’acheter le nécessaire pour notre voyage. Compris ?   
- Oui, acquiesça la jeune fille.   
- Ensuite, reprit le garçon, pour plus de sécurité, on se présentera sous une fausse identité. Ne t’avise surtout pas de révéler à qui que ce soit ton nom ! Et ne fais pas cette tête, je te prie, je suis sérieux !   
- Je sais bien que tu es sérieux, tout comme je sais aussi que tu dois avoir une bonne raison de vouloir cacher qui nous sommes. Seulement, ce qui m’énerve, c’est que tu me prends pour une gamine ! Fais pas ceci, Fais pas cela… Ne t’en fais pas ! Dis-moi ce qu’il faut changer mais arrête de me dire de ne pas faire des choses !   
- Je te le dis parce-que je sais que tu vas…   
- Oui, oui, c’est ça, coupa la fillette. Bon, tu as autre chose à dire ? Non ? Alors on y va !   
Avant que son frère n’ait pu la retenir, elle partit en direction de la ville. Levant les yeux au ciel, le jeune homme la rattrapa et lui glissa à l’oreille :   
- Lisa Larkens. C’est ton faux-nom.   
La fillette hocha la tête, et ensemble, ils passèrent l’entrée du village.   
Tous deux passèrent par quelques magasins, achetant ce dont ils avaient besoin. Chaque fois qu’on leur demandait leurs nom, ils répondaient sans hésiter: « Mark et Lisa Larkens, pour vous servir ».    
Ils quittèrent la ville quelques heures plus tard, prêts pour la suite de leur long et périlleux voyage.   
Trois jours durant, le frère et la sœur chevauchèrent dans le sud, en direction de la plage. En ce qui concernait les entrainements4/5/08 de la fillette, le garçon lui avait apprit la façon dont on tenait les arcs ainsi que la manière dont on devait tirer. Au matin du quatrième jour, ils se retrouvèrent sur un sable irritant, mais moins chaud que celui du désert et surtout salé. Ils avaient atteint le littoral.   
- Nous ne ferons que longer les arbres, nous n’irons pas au bord de la mer, apprit le garçon à la jeune fille durant une pause.   
- Très bien, répondit la sœur, déçue de ne pas pouvoir barboter dans l’eau.    
Ils reprirent bientôt leur chemin, avançant dans le nuage que formait le sable sous les sabots des chevaux.   
Un vent s’était levé lorsqu’ils passèrent l’embouchure que leur offrait la chaîne des Mystères. La fillette était soulagée. Elle avait traversée presque tout le territoire et voilà qu’elle n’en était plus qu’à un quart du trajet avant de pouvoir se reposer pour de bon.   
Comme l’avait prédit le garçon, traverser le Ragérant fut un jeu d’enfant. Le courant était beaucoup plus calme que celui du Brosque, ce qui leur permit de passer la rivière en quelques minutes.   
Un jour, alors que les rayons du soleil tapaient sur leur tête tandis qu’ils longeaient le fleuve, la fillette émit une plainte pour la première fois depuis le début du voyage. Ils chevauchaient depuis presque quarante-trois heures sans   
s’arrêter et la jeune fille sentait la fatigue l’envahir. Son frère s’apprêtait à lui accorder une pause lorqu’il se figea soudain.   
- Que se passe-t-il ? demanda la sœur.   
Le jeune homme lui intima le silence d’un revers de main. Il fixait les buissons d’en face avec un air soupçonneux. La fillette vit que sa main s’était resserrée sur son arc.   
Il y eut un craquement derrière un arbre. Infime. A peine perceptible.   
Le garçon passa immédiatement à l’action. Pivotant sur ses pieds, il saisit son arc, encocha une flèche et tendit jusqu’à sa joue une corde qu’il lâcha brusquement. Un trait presque invisible fusa. Telle une promesse de mort. Il y eut un cri étouffé et un homme s’effondra. L’action n’avait pas duré plus d’une seconde.   
L’homme n’avait pas touché le sol que déjà le frère entendit derrière lui le bruit caractéristique d’un arc qui se tend.   
- A terre ! cria-t-il à sa sœur qui eut tout juste le temps d’obéir lorsqu’un trait arriva dans sa direction. Une deuxième flèche suivit la première, visant cette fois le jeune homme qui l’esquiva avant de tirer à son tour.    
Il fut bientôt évident que leurs adversaires, qui qu’ils soient, ne voulaient pas sa mort à lui. En effet, la plupart des flèches étaient destinées à sa sœur, et il avait du mal à dévier la trajectoire des attaques. Il s’écria donc peu de temps après à l’adresse de la fillette :    
- Vas-t-en ! Pars, je vais les retenir ! Prends la fuite, je te retrouverai !   
- Mais…   
- Ne discute pas ! Fais ce que je te dis, pour une fois !   
A cet instant, le frère dut se détourner pour esquiver une autre flèche, et la jeune fille prit la fuite. Elle fit partir son cheval au galop, continuant sa route à   
bride abattue. Elle maintint cette allure pendant plusieurs heures jusqu’à ce qu’elle remarque les signes inquiétant d’épuisement que manifestait sa monture. Elle se résigna alors à mettre pied à terre, marchant à côté de sa jument tandis que cette dernière récupérait.   
Le soir se couchait. La fillette prépara un bon feu et, quelques instants plus tard, elle s’était endormie.   
  
  
* * *   
  
  
Elle fut réveillée par une secousse. La jeune fille pensa tout d’abord qu’il s’agissait d’un de ses poursuivants de la veille, aussi ouvrit-elle les yeux en se débattant.   
- Du calme, arrête de bouger, ce n’est que moi !    
La fillette observa de plus près celui qui l’avait réveillé. C’était… oui, c’était bien lui. Elle poussa un cri de joie en sautant au cou du nouveau venu.   
- Tu es revenu ! cria-t-elle. Tu les a battu ces imbéciles de colosses puants   
et…   
- Du calme, répéta son frère, un sourire aux lèvres devant la qualification insultante qu’avait accordé la jeune fille à leurs adversaires de la veille.   
Retrouvant son sérieux, il jaugea sa sœur du regard.   
- Tu n’es pas blessée ? lui demanda-t-il.   
- Non, répondit la fillette. Quelle heure est-il ? ajouta-t-elle en scrutant le ciel encore assombri par la nuit.   
- Quatre heures du matin. Repose-toi, tu en as bien besoin. Dans deux heures, je te réveillerai et nous reprendrons notre route.   
  
  
* * *   
  
  
Le lendemain, en fin de matinée, ils cessèrent de longer le Ragérant pour se diriger vers l’est. Ils voyagèrent encore plusieurs heures avant d’atteindre, en fin d’après-midi, un village fortifié.   
- C’est notre ville ? s’enquit la jeune fille.   
- Oui.   
- Elle a l’air miteuse, remarqua la fillette avec une grimace. Et pas très puissante.   
- Détrompe-toi, demoiselle, rétorqua le frère. Berkings est réputée pour ses mages des Plantes, ses druides et ses membres de la Société de la Puissance des Flammes. C’est le peuple libre le plus puissant. Le centre de la Magie. Si nous voulons gagner, c’est par ici que nous devons passer.   
- Non, ce que je voulais dire par puissante, c’est…   
- Je sais parfaitement ce que tu voulais dire. Berkings n’a jamais eu parmi ses villageois des guerriers dignes de ce nom.    
Et il se dirigea vers l’entrée de la ville, sa sœur sur ses talons.   
  
Chapitre n°2:  
Double jeu       
Tom se laissa couler au sol en fermant les yeux, essayant tant bien que mal de reprendre son souffle. Il n’en revenait pas. Il avait osé. Quelque chose en lui lui criait qu’il avait bien fait, mais il savait qu’il allait regretter son acte. Tout avait pourtant bien commencé. Il avait atteint la salle où devait avoir lieu la réunion des membres de la Légion Noire, se riant des sentinelles chargées de garder la porte qui étaient incapables de le voir ou de l’entendre. Il s’était faufilé dans la pièce, se cachant derrière une table placée près du mur et non utilisée. Et là, il avait attendu. Attendu que les membres du conseil arrivent. Il n’eut pas à patienter longtemps. Un à un, des hommes âgés de quarante à soixante-dix ans pénétrèrent dans la salle, s’installant aux tables disposées en cercle. Parmi eux siégeait le père de Tom. La réunion commença bientôt, et Tom écouta avec attention.Son père prit la parole :   
- Je m’avoue très déçu, messieurs. Nous avions prévu un plan que je qualifiais d’infaillible, et voilà que mes meilleurs hommes ont trouvé le moyen de le faire échouer.Un frisson parcourut le cercle. Personne ne fit le moindre mouvement, tous étant comme pétrifiés par les paroles qu’avait proclamées le chef. Ce dernier continua :   
- Jamais je n’aurais pu penser que vous seriez incapables de vaincre deux personnes, dont une étant encore un enfant, alors que vous-mêmes étiez dix !- C’est que nous devions les prendre par surprise, balbutia l’un des membres, seulement l’homme nous a rep…   
- Silence ! s’écria le père de Tom. Vous deviez les attaquer par surprise, certes, ce que vous n’avez pas fait ! Et je me fiche complètement de la façon dont vous vous y êtes pris pour échouer, si vous êtes incapables de rester silencieux lorsque vous préparez un assaut, alors je ne peux rien pour vous !   
L’homme qui avait interpelé le chef baissa la tête, s’enfonçant dans son fauteuil comme s’il avait voulu disparaître sous la table.   
- Bien, revenons-en aux faits, reprit le père de Tom, se maîtrisant à grand-peine. Maintenant que ce plan n’a plus d’utilité, nous devons en trouver un autre. Je dois cependant vous apprendre que, grâce à vous, nos prochaines tentatives seront plus difficiles, puisqu’ils ont atteint leur but, et que les embuscades seront quasi-impossibles. Donc inutile d’y penser.   
Il y eut un silence total. Tandis que les membres du conseil cherchaient un moyen de neutraliser leur cible, Tom réfléchissait à toute vitesse. Ainsi, c’était cela leur mission secrète : éliminer deux personnes, dont l’une étant encore un enfant ! Il aurait bien aimé connaître l’identité de ces gens épiés. Il reporta donc ses yeux d’un noir d’encre sur le groupe, s’intéressant à nouveau à leur discussion en espérant y trouver les renseignements qu’il cherchait.   
Les membres du conseil avaient à présent tourné la tête vers leur chef, prêts à lui transmettre leurs idées. L’un d’entre eux se lança :   
- J’ai pensé qu’il faudrait commencer par en savoir un peu plus. Peut-être en l’espionnant.   
- Tu oublies un détail, l’arrêta un homme barbu. Il y a son frère. Tenter de les suivre serait aussi difficile que les prendre par surprise.   
- Si tu as une autre idée, répliqua le premier homme, alors fais-m’en part, je suis très curieux d’entendre ce que tu auras trouvé !   
- Ça suffit ! vociféra le père de Tom. Donnez chacun votre idée et arrêtez de vous disputer !   
Une femme blonde au regard couleur noisettes, la seule à avoir moins de trente ans, prit la parole :   
- Je suis d’accord avec Deric pour en savoir un peu plus. Mais il faut avouer que se cacher derrière un buisson pour les épier serait d’une extrême idiotie. Je proposerais plutôt de s’infiltrer.   
- Qu’entends-tu par là ? s’enquit le dénommé Deric.   
- J’entends par là qu’il faudrait se faire passer pour un villageois et gagner sa confiance. Bien entendu, il ne faudra pas envoyer n’importe qui accomplir cette mission. Certainement pas un colosse dépourvu de cervelle, en tout cas.   
Elle fixait l’homme barbu d’un regard dédaigneux.   
- Je suis d’accord avec Yasmine, approuva un autre homme en hochant la tête.   
- Bien, reprit le chef. Alors maintenant, il faut trouver la personne la plus qualifiée pour ce poste.   
Yasmine leva aussitôt la main.   
- Je me propose ! lança-t-elle.   
Le père de Tom hésita.   
- Non, Yasmine. En fait, j’ai une autre mission pour toi.   
- Vraiment ? Laquelle ?   
- J’espérais te confier la gamine une fois qu’on l’aurait capturée. Vois-tu, le Maître s’absente souvent, et il m’a annoncé qu’il partira pendant plusieurs mois pour une quête importante. Alors je me suis dit qu’il faudra que quelqu’un la surveille.   
Yasmine eut une moue déçue.   
- D’accord, dit-elle néanmoins.   
Le chef reporta son regard sur les autres membres du groupe.   
- D’autres personnes souhaitent-elles se présenter ?   
Voyant que personne ne se proposait, Tom se lança. Il avait une idée. Il prenait un gros risque, tout d’abord parce qu’il n’était pas censé avoir été présent à la réunion, ensuite car la mission que son père demandait était dure et périlleuse. Mais il s’en fichait. Cela faisait des mois qu‘il voulait être impliqué dans les affaires du conseil, malgré son jeune âge, et pouvoir intervenir à un moment aussi crucial était une chance pour lui. Peu lui importait les conséquences.   
Il bondit de sa cachette en criant :   
- Moi, je me propose !   
Tout le monde se tourna vers lui.   
- Mais… enfin, Tom, qu’est-ce-que tu fiches ici ? demanda le chef, choqué.   
- Je me propose, répéta calmement Tom, fixant son père dans les yeux.   
- Allons, c’est ridicule, tu n’as que treize ans !   
- Quelle importance ? Et puis d’ailleurs, le fait que je ne sois qu’un enfant n’augmente-t-il pas mes chances de gagner sa confiance ? Un garçon de son âge faisant partie de son village et n’ayant d’autre but que d’avoir une petite vie tranquille ? Oserais-tu nier que tu serais plus méfiant face à un adulte adulte qu’à un enfant ?   
- Je… non, bien sûr, mais…   
- Alors, c’est réglé, conclut Tom. Je part pour Berkings demain matin.   
- Tom…   
- Bon, il faut que j’aille me préparer. A plus tard !   
Tandis que Tom tournait les talons et quittait la salle, les membres du conseil se lancèrent des regards étonnés. Bientôt, les discussions s’élevèrent, mais le chef fut surpris de constater que les sujets n’étaient pas ceux qu’il attendait.   
- Comment a-t-il fait pour s’infiltrer dans la salle du conseil sans qu’on le remarque ?   
- Tu as vu l’assurance dans sa voix lorsqu’il s’est proposé ?   
Le père de Tom soupira.   
- Ne t’en fais pas, il s’en sortira.   
Le chef sursauta. Yasmine s’était glissée à côté de lui sans qu’il l’entende et avait posé une main sur son épaule.   
- Je l’aime bien, ce gamin, reprit-elle. Je ne doute pas qu’il deviendra puissant quand il grandira.   
- Je le sais. Seulement je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête pour accepter une telle mission.   
Yasmine resta songeuse un instant avant de répondre :   
- Je ne le connais pas beaucoup, mais une chose est sûre : quelle que soit l’idée qui lui est passée par la tête, il a une bonne raison de le faire.   
Elle lui tapota amicalement le dos, puis s’éloigna vers le groupe qui continuait de parler avec empressement.   
  
* * *      
  
Tom se laissa couler au sol en fermant les yeux, essayant tant bien que mal de reprendre son souffle. Il respira profondément à plusieurs reprises avant de rouvrir les paupières. Le garçon avait regagné sa chambre. Il se redressa, s’appuyant contre le mur pour retrouver son équilibre s’avança d’une démarche rendue flageolante par l’angoisse jusqu’au centre de la pièce où il se laissa tomber sur son lit. Il était fatigué. Sans prendre la peine de se glisser sous les couvertures, il s’endormit.   
  
* * *      
  
Tom partit pour Berkings le lendemain à l’aube. Son père avait prévu un moyen de communication pour qu’il puisse lui transmettre des informations. Le jeune garçon ne chercha pas à donner son nom à la fillette lorsqu’il eut atteint le village. Il se contentait de suivre son chemin qu’il définissait par rapport à celui de la jeune fille. Ainsi, il leur arrivait de se croiser plusieurs fois par jour, sans que le moindre soupçon ne se fasse sentir. Mieux encore : la fillette ne lui accordait pas la moindre attention, ce qui augmentait ses chances de passer inaperçu. Pendant dix années entières il l’épia, donnant régulièrement des renseignements à son père sur tout ce qu’il pouvait et organisant des embuscades lorsqu’il le pouvait. Cependant, malgré tous les efforts du père de Tom et de ses partisans, la fillette restait intouchable, et leurs plans étaient mystérieusement déjoués.   
  

Chapitre n°3:     
La loi du village  
Tous ceux qui avaient habité jusqu’alors la maison nommée « En Combattant » n’avaient jamais su qu’un passage secret dans la bibliothèque menait à une salle que l’actuelle propriétaire - la seule qui ait connu ce passage - appelait « la salle d’armes ». En effet, on y trouvait toutes sortes d’armes, allant des sabres jusqu’aux haches. La « salle d’armes » n’était pas la seule pièce cachée de la maison : ce lieu regorgeait de passages secrets. Cependant, aucun des autres n’avait été inconnu des anciens propriétaires.Venons-en à présent à l’actuelle propriétaire de la bâtisse. Il s’agissait d’une jeune femme âgée de vingt ans, le meilleur exemple qu’ait pu se trouver le village. Fine, musclée, la silhouette élancée, un visage mat encadré par de longs cheveux lisses d’un noir de jais lui arrivant jusqu’à la taille, elle dégageait une aura de puissance guerrière, auxquelles seuls les chevaliers les plus expérimentés pouvaient prétendre. Qui était-elle ? Elle se nommait Kamara Lorkan, et tout le monde avait déjà entendu son nom, quel que soit le lieu où il résidait. Mais si nombreuses qu’étaient les personnes qui pensaient en savoir beaucoup sur elle, rares étaient ceux qui pouvaient prétendre connaître sa descendance, voire même son passé, car la jeune femme n’en parlait pas, et même ses deux meilleurs amis (Courtney Shackleen et Fabian Gartonn) restaient ignorants sur ce sujet. Kamara était en effet très réservée lorsque l’on dirigeait la conversation sur ce thème, détournant souvent les questions. Malgré ses « je ne sais pas grand chose de mon enfance », ceux qui la connaissaient bien devinaient qu’elle en savait plus qu’elle ne le prétendait. Seuls les plus observateurs pouvaient espérer trouver des indices sur ses traits, ce qui n’était cependant pas une mince affaire. Ses yeux d’un noir de nuit brillaient d’un calme et d’une tranquille assurance, totalement impassibles et aussi perçants que ceux d’un chat. Ses vêtements de cuir marron foncé lui permettait de se mouvoir à sa guise, si peu gênants qu’ils soient, malgré les armes variées dont les manches sortaient légèrement de leurs fourreaux. Elle souriait rarement, non que rien ne l’amusait, mais plutôt parce qu’elle considérait qu’il ne servait à rien de dévoiler ses pensées. Ses gestes étaient précis, ses mouvements fluides et harmonieux.Une fois par semaine, Kamara entretenait ses armes. Elle y prenait généralement plaisir, mais cette fois, ce ne fut pas le cas. Elle pensait encore avec appréhension au paquet qu’elle avait reçu le matin même. Ce dernier ne renfermait qu’une simple carte. Simple ? Kamara en doutait. La première face montrait des chevaux d’un noir de jais, montés par des cavaliers vêtus de capes aussi sombres que la robe de leurs montures. Kamara n’avait jamais vu de pareilles personnes, et puis d’ailleurs, elle s’en fichait. Tout ce qu’elle voulait savoir, c’était qui avait eu l’audace de lui envoyer cette lettre. Cependant, elle ne pouvait s’empêcher d’observer la carte, au comble de son exaspération. Lorsque la jeune femme y posait les yeux dessus, l’image s’animait, les chevaux hennissant sur une colline élevée. De l’autre côté de la carte apparaissait un texte écrit dans une langue qui lui était inconnue. Pendant des heures, Kamara asticota ses armes en songeant à la personne qui aurait pu lui envoyer une telle lettre. Pour elle, ce n’était qu’une simple plaisanterie que lui avait faite un ami, sans aucun doute… Mais si c’était vrai ? Si cette lettre signifiait quelque chose ? Si c’était une mise en garde… ou pire, des menaces de mort ? « Enfin, c’est ridicule, pensa Kamara. Qui chercherait à me tuer ? ». Le problème, c’était justement cela : il y avait de nombreuses personnes qui voulaient sa mort, la jeune femme en était consciente. Mais qui aurait l’audace de se mesurer à elle ? Après tout, Kamara avait toujours inspiré une grande terreur aux mendiants de son village. En tout cas, une chose était claire : elle n’avait pas l’intention d’effrayer ses deux meilleurs amis en racontant une histoire à dormir debout comme celle-là. Kamara était tellement plongée dans ses pensées qu’elle ne s’était pas aperçue qu’une silhouette se tenait sur le seuil de la porte. Elle ne s’en rendit compte que lorsqu’une voix s’éleva derrière son dos : - Salut, Kamara. Tu as l’air soucieuse.   
Kamara leva brusquement la tête pour voir qui était le nouveau venu. C’était un jeune homme pas plus âgé qu’elle, à la chevelure blonde et aux yeux couleur azur. Particulièrement séduisant, il avait une posture élégante qu’aucun autre homme connu de Kamara n’aurait pu imiter. C’était Fabian Gartonn.   
- Courtney et moi sommes sur le point de faire une petite promenade, reprit Fabian. Tu veux te joindre à nous ?   
Kamara réfléchit un instant puis, n’y voyant aucun inconvénient, elle répondit :   
- D’accord. On se retrouve dans quelques minutes ? Juste le temps de tout ranger et de me préparer.   
- O.K., approuva Fabian. Au fait, ajouta-t-il, inutile de prendre des provisions. Mais prend tout de même quoi te défendre, au cas où. On ne sait pas sur quoi on peut tomber.   
Il tourna les talons et quitta la pièce. Kamara le regarda s’éloigner d’un regard vide. Puis, au bout de quelques secondes, elle se détourna de la porte et entreprit de choisir soigneusement ses armes, reposant les autres à leur place.   
Kamara quitta enfin la salle, s’engageant dans un escalier en colimaçon plongé dans la pénombre. Elle prit la porte du fond et atteignit une gigantesque bibliothèque remplie d’étagères surchargées de gros volumes. Elle se hâta de traverser la pièce et ouvrit une porte sur sa droite qui la mena tout droit vers le hall. La jeune femme monta quatre par quatre les marches de l’escalier principal, atteignit un long couloir éclairé par des chandelles et prit la dernière porte à gauche.   
Elle se trouvait à présent dans une chambre somptueuse où se dressait une merveilleuse armoire gravée de symboles finement sculptés, ainsi qu’une table de chevet placée à côté d’un lit à baldaquins, dont les rideaux écarlates produisaient des reflets rougeoyants sur les murs. La lumière du jour filtrait à travers les fenêtres aux rideaux de cette même couleur rouge sang, donnant à la pièce un aspect étrange, mystérieux.   
Kamara traversa le décor de la chambre sans lui adresser le moindre regard et se dirigea vers l’armoire qu’elle ouvrit. Elle en retira des vêtements de rechange puis la referma et s’empressa de quitter la chambre. Elle reprit le couloir, redévala les escaliers et emprunta une nouvelle porte menant à une magnifique cuisine où se hâtaient des serveurs qui couraient presque à travers la salle. La jeune femme demanda à l’un d’entre eux de lui préparer quelques sandwichs et celui-ci s’empressa de les lui chercher, aboyant au passage quelques ordres à ses congénères. Quelques minutes plus tard, Kamara était ressortie, ses sandwichs dans son sac, et prenait une autre porte qui la guida sur un nouveau couloir, le plus sombre du manoir. Il était faiblement éclairé par des chandelles qui projetaient une lueur vacillante sur les parois de pierre brute. Le couloir offrait deux passages : le premier s’ouvrait sur un escalier plongé dans les ténèbres qui menait aux cachots, l’autre sur une porte de bois par laquelle Kamara s’engouffra. La jeune femme fut accueillie par un hennissement aigu. Une merveilleuse jument d’un blanc éclatant était logée dans un box, dont la pancarte affichée sur la porte indiquait « Neige ».   
Kamara pénétra dans le box spacieux et caressa l’encolure de sa monture. Puis, après quelques mots rassurants à l’oreille de la jument, elle entreprit de la brosser soigneusement, lui peignant les crins et lui curant les sabots. Dix minutes plus tard, Neige brillait de mille feux, bridée et sellée.   
Kamara la fit sortir du box et se dirigea vers les doubles portes de chêne qu’elle ouvrit, sa monture sur ses talons.   
Le froid glacial de l’automne la frappa de plein fouet. Elle dut plisser les yeux pour apercevoir le paysage caché par le brouillard qui lui faisait face. De hauts nuages répandaient un vent gelé, tandis que les rayons du soleil essayaient de les percer, mais le résultat restait bien maigre, et le peu de chaleur qu’ils arrivaient à produire ne parvenait à dominer ce ciel nuageux. Les feuilles à présent jaunies des arbres tombaient de leur support, créant un épais tapis de feuillage sur le sol. Quant au manoir que Kamara venait de quitter, il était là, aussi imposant qu’à l’ordinaire, et totalement recouvert de lierre. C’était en tout cas l’édifice le plus grand et le plus majestueux à des kilomètres à la ronde, à en juger par les bâtisses que l’on apercevait au loin, toutes regroupées en un petit village. Mais le plus visible dans ce paysage était sans nul doute les deux personnes qui se tenaient de l’autre côté de la route, et leurs deux montures, un alezan et un bai, tenus par leurs cavaliers. L’homme n’était évidemment autre que Fabian Gartonn. A côté de lui était adossée contre un banc une jeune femme d’une extrême beauté. Ses cheveux roux bouclés aux reflets écarlates lui arrivaient jusqu’à la taille, ses yeux d’un vert criard mettant en valeur son beau visage mince et son teint blême. C’était Courtney Shackleen. Kamara s’empressa de les rejoindre, trainant Neige derrière elle.   
- Salut, Kamara, lança Courtney d’un ton enjoué.   
- Salut, Courtney, répondit Kamara. Bon, on y va ?   
Tout trois s’apprêtaient à se mettre en selle lorsque quelqu’un cria:   
- Kamara ! Où est-ce que tu vas comme ça ?   
La jeune femme se retourna, apercevant son interlocuteur qui courrait vers elle. C’était un homme d’environ trente-six ans aux cheveux bruns et aux yeux couleur noisettes. Il se planta devant Kamara, la jaugeant d’un regard sévère.   
- Où est-ce que tu vas ? répéta-t-il d’un ton plus pressant.   
- Je vais faire un tour, j’ai pas le droit ? répondit Kamara sur un air de défi en lui retournant un regard venimeux.   
L’homme se tourna vers Courtney et Fabian.   
- Où allez-vous ?   
- Ils ne te le diront pas ! s’emporta Kamara. Et puis je t’interdis de les questionner pour leur extorquer des réponses lorsque tu vois que ça ne marche pas avec moi !   
L’inconnu pivota lentement sur ses pieds, se plaçant à nouveau devant Kamara. Un mètre les séparait, un mètre où vibrait une tension telle qu’elle en devenait presque palpable. La jeune femme avait la main posée sur le manche de son poignard, et bien que son adversaire n’y avait pas posé les yeux, elle ne se doutait pas qu’il savait. Une pression du bras de l’homme lui donna raison. Kamara plia les jambes et sortit son poignard, tandis que son ennemi tirait son sabre. Aussitôt, Fabian prit son coutelas, bientôt imité par Courtney. Dans un monumental effort de volonté, l’inconnu rengaina son arme. Puis, d’une voix qui tremblait d’une rage contenue, il dit :   
- Je viens avec vous.   
- Non, rétorqua Kamara, nous pouvons très bien nous débrouiller tout seuls, on n’a pas besoin de toi.   
- Je ne vous laisserai pas partir, pas avec cette menace qui…   
Il se tut. Il en avait trop dit.   
- Quelle menace ? demanda Kamara, les sourcils froncés. Quelle menace, Akiro ?   
Le dénommé Akiro s’était tendu. Était-il prudent de tout lui révéler maintenant, alors qu’il l’avait maintenu à l’écart de cette vérité choquante pendant plus de dix ans ?   
- Alors, le pressa la jeune femme, c’est quoi cette menace ?   
Elle le dévisageait d’un regard dur et imposant, un regard qu’il lui connaissait lorsqu’elle était face à un ennemi mais qu’elle ne lui avait jamais réservé à lui. Par chance, Kamara lui sauva la mise en continuant:   
- J’espère au moins pour toi que ce n’est pas un mensonge, parce que tu sais que j’ai horreur de ça.   
Akiro saisi sa chance. Essayant de son mieux de jouer la comédie, il soupira d’un air attristé en baissant la tête. L’effet ne fut cependant pas celui qu’il attendait vraiment. Certes, Kamara avait comprit le message qu’il espérait lui faire entendre, mais sa réaction fut des plus surprenantes. Exaspérée, elle tourna les talons et d’un bond, elle se mit en selle tandis que sa jument partait au petit trot. Fabian et Courtney en firent de même avant que Akiro ait fait le moindre geste. Bientôt, les trois amis disparurent dans le brouillard épais. Akiro resta planté là, furieux contre lui-même.   
- C’était qui, lui ? demanda Fabian en dévisageant Kamara avec des yeux interrogateurs.   
- Mon frère, répondit Kamara d’un ton indifférent. Je suis désolée que vous ayez assisté à une telle scène, mais n’ayez crainte, il n’est pas toujours comme ça. Seulement… seulement, il est un peu trop protecteur à mon goût.   
Tous trois atteignaient à présent le village, tandis que les habitants les regardaient passer, certains leur adressant un signe de la main.   
Des bruits de dispute les avaient cependant fait taire, et les trois amis se rapprochaient le plus silencieusement possible, l’oreille aux aguets.   
- …n’avez pas à faire ça, ce n’est pas parce-que vous n’êtes pas d’ici…   
Mais la personne qui avait parlé ne finit pas sa phrase. Kamara, qui était descendue de sa jument, s’approchait à présent pour observer la scène. Courtney et Fabian l’imitèrent, marchant silencieusement pour ne pas se faire entendre.   
Un homme d’une quarantaine d’années apparemment étranger menaçait un villageois de sa longue épée, tandis que deux des autres sortaient à leur tour une arme qu’ils pointaient sur le nouveau venu. Celui-ci leur lança un regard dédaigneux avant de se tourner vers le dernier villageois, le seul qui n’avait pas fait le moindre geste.   
- Eh bien, vermine, on a peur de m’affronter ? Ou peut-être ne sais-tu pas manier les armes, lança-t-il avec un sourire narquois.   
- Je sais parfaitement manier les armes, répondit le jeune homme d’un ton très calme, bien que son regard lançât des éclairs, et je n’ai pas peur de vous. Seulement, je ne vois pas pourquoi je devrais me fatiguer à faire la loi avec vous (le visage de l’inconnu sembla s’éclairer un instant avant que le villageois ne finisse sa phrase) puisque je sais bien que Kamara Lorkan s’en chargera à notre place, et de façon bien plus convaincante que nous.   
L’étranger le foudroya du regard, mais l’autre ne baissa pas les yeux, tandis que ses congénères lui lançaient des sifflements admiratifs. Mais un instant plus tard, ces derniers poussèrent un cri d’horreur alors que l’inconnu dessinait une plaie profonde sur le ventre du villageois qui n’avait pas sorti d’arme. A ce moment-là, Kamara bondit brusquement de sa cachette, dégainant son sabre avec une telle rapidité que l’on n’aperçut qu’un éclair argenté. L’étranger la dévisagea un instant, puis ses lèvres minces s’étirèrent en un sourire.   
- Eh bien, je vois que tout le monde a ses défenseurs, ici, dit-il. Très bien, dans ce cas…   
- Si j’étais vous, je ne paraîtrais pas aussi sûr de moi, intervint Fabian qui les avait rejoints en présence de Courtney et était à présent assis à côté du blessé, examinant sa plaie. C’est Kamara Lorkan. Vous savez, cette guerrière redoutée de tout le pays ? ajouta-t-il en levant la tête vers lui, une pointe d’ironie dans la voix.   
L’inconnu regarda à nouveau Kamara, le visage à présent livide.   
- K… Kamara Lorkan, dites-vous ?   
- Exactement, répondit Kamara sur un ton de défi. Alors à présent, abaissez votre épée et respectez les lois du village, sinon, c’est à moi que vous aurez affaire. Et ne vous y trompez pas, ajouta-t-elle, haussant légèrement le ton, je le saurai si vous ne tenez pas parole.   
L’étranger leva les yeux au ciel, comme stupéfait d’une pareille outrecuidance et, dans un même temps, frappa avec son épée. Son geste était parfaitement calculé. Rapide et précis, il aurait dû éventrer Kamara. Il ne l’effleura pas.   
Aussi insaisissable qu’une ombre, la jeune femme s’était glissée le long de la lame qu’elle laissa passer à un millimètre de sa peau, tandis que le tranchant de son arme marquait un trait de feu sur l’épaule de son ennemi. Ce dernier voulut émettre un cri de douleur, mais une côte qui venait de céder lui coupa le souffle. Il ne put que se plier en deux, n’ayant plus qu’une envie : se rouler en boule et s’évanouir, mais Kamara n’en avait pas fini avec lui. Elle le prit par le col de sa veste, plaçant son sabre à son cou.   
- Que les choses soient claires, rétorqua Kamara d’un ton aussi froid que la mort, ici, c’est moi qui fait la loi. Quiconque voulant pénétrer ce territoire devra se soumettre aux règles que j’ai établies. Et parmi ces lois, interdiction de s’en prendre aux innocents. Une première règle que tu n’as pas respectée, je crois.   
- Qui te dit qu’ils sont innocents ? lança l’étranger d’un ton agressif.   
La lame s’enfonça de quelques millimètres dans sa jugulaire, le réduisant au silence, tandis qu’un mince filet de sang s’écoulait le long de sa gorge.   
- Ne joue pas avec mes paroles, vieux tambour, si tu ne veux pas finir égorgé ! Tu as enfreint une règle du village en t’en prenant à ces villageois, et je doute que ce ne soit la première ! Malgré cela, tu continues à te vanter alors que tu as une arme plantée au cou ? Tu ne t’en sortiras pas comme ça ! Si tu veux passer par là, respecte les règles, sinon, quitte ce village sur le champ et ne t’avise pas de revenir tant que tu n’auras pas changé d’avis !   
Ce n’était plus le moment de désobéir, l’inconnu en était conscient. Au début, la jeune femme s’était exprimée posément, bien que sa voix fût restée rude. Puis elle était devenue menaçante, pour finir foudroyante. A présent, il devait accepter la défaite.   
Kamara l’avait relâché, attendant son choix. Elle commençait à s’impatienter lorsque l’homme finit par tourner les talons en proférant ce qui semblait être des menaces et s’enfuir du village.   
Kamara s’approcha aussitôt du blessé.   
- Ca va, Thomas ? demanda-t-elle.   
- C’est bon, il s’en sortira, affirma Fabian.   
Kamara laissa échapper un soupir de soulagement. A présent, elle n’avait plus rien à craindre, car une blessure profonde pour elle n’était rien pour quelqu’un comme lui ou Courtney. En effet, ses deux amis étaient des magiciens, même si chacun avait son domaine : Courtney se révélait être une professionnelle en matière de sorts, d’attaques ou d’enchantements, mais en savait aussi beaucoup sur les forces du mal, notamment les démons ; Fabian, quant à lui, avait préféré étudier les différentes médecines, en particulier celle des « Mages des Plantes » qui faisait appel aux végétaux de la forêt, et il était également spécialisé en écritures des différentes langues, qu’elles proviennent des êtres humains ou d’autres créatures, y compris les démons.   
Bien entendu, on naissait magicien, on ne le devenait pas, Kamara en savait un bon peu là-dessus. Elle ne se rappelait que trop bien de ses premiers essais : quelle que soit la façon dont elle s’y prenait, elle n’obtenait aucun résultat, et les rares fois ou elle avait réussi à faire quelque chose, on avait retrouvé la maison d’en face incendiée ou le bâtiment d’à côté en ruines.   
Après avoir demandé aux personnes présentes d’aller lui chercher certaines plantes, Fabian se mit à prononcer des formules, décrivant de grands gestes de la main et utilisant les différentes herbes parfois pour les placer sur la plaie, ou encore pour dessiner des symboles sur la peau du blessé. Enfin, après une dizaine de minutes, il ne restait de la blessure qu’une fine ligne blanche zébrant l’abdomen.   
- Demain, il ne restera plus rien, dit Fabian en rangeant ses affaires de médecine dans son sac.   
- Merci, lui répondit le dénommé Thomas, tandis que Courtney, Kamara et Fabian se hissaient en selle.   
- Ce n’est rien, lança Fabian. Remercie plutôt Kamara, c’est elle qui a fait tout le travail !   
- On peut dire qu’elle se défend bien, cette femme, railla Courtney. C’est sûr qu’avec elle, tout le monde respectera la loi du village !  

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Là où le silence et l'obscurité règnent, le Serpent veille...

### Double: Veneris Mojisten ###
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MessagePosté le: Ven 4 Juil - 11:46 (2008)    Sujet du message: Publicité

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